Une icône centenaire retrouve son éclat grâce à une vision courageuse
Quand l’excellence s’endort : le lent déclin d’un géant (XVIIe siècle – années 1970)
Il y a des marques qui naissent grandes. Et d’autres qui deviennent mythiques.
Château Margaux fait partie des deux.
Dès le XVIIe siècle, le domaine acquiert une réputation exceptionnelle. En 1855, lors du célèbre classement impérial demandé par Napoléon III pour l’Exposition universelle de Paris, Château Margaux est sacré Premier Grand Cru Classé, le plus haut rang possible.
Le domaine devient alors un symbole d’élégance, de finesse, de distinction.
Mais comme beaucoup d’entreprises historiques, la grandeur n’immunise pas contre l’essoufflement.
Au XXe siècle :
- Guerres mondiales
- Crises économiques
- Sous-investissement
- Baisse de qualité
- Manque de vision stratégique
Dans les années 1970, le domaine est fragilisé. Les bâtiments se dégradent. La réputation s’effrite.
Une marque iconique… qui risque de devenir un vestige.
La vision d’un outsider (1977)
En 1977, un homme change tout : André Mentzelopoulos.
Homme d’affaires grec, passionné de vin, il rachète Château Margaux, (le domaine appartenait alors à la famille Ginestet, une famille de négociants bordelais).
Il a acquis le domaine pour environ 72 millions de francs français, soit à l’époque environ 15–16 millions de dollars américains (selon les taux de change de l’époque).
Ce montant comprenait non seulement la propriété elle-même, mais aussi une partie du stock des millésimes récents entreposés dans les caves. Pour te donner un repère :
72 millions de francs à la fin des années 1970 représente une somme importante à l’époque, mais très modérée au regard de la valeur actuelle du domaine, qui est estimée aujourd’hui à plusieurs centaines de millions d’euros
Mais Ce n’est pas qu’un simple investissement.
C’est un pari. Il ose poser la seule question qui compte vraiment :
Sommes-nous encore à la hauteur de notre nom ?
Il ne parle pas d’image. Il parle de niveau.
Parce qu’une marque peut vivre sur son passé… Mais elle ne peut grandir que par son exigence.
Reconstruire alors que tout semble déjà si… prestigieux
Racheter un domaine prestigieux ne garantit rien.
Mentzelopoulos doit :
- Moderniser totalement les installations
- Replanter des parcelles
- Réorganiser la production
- Investir massivement sans retour immédiat
- Gagner à nouveau la confiance des critiques et du marché
Le contexte économique n’est pas favorable.
Les investissements sont lourds.
Les résultats incertains.
C’est ici que beaucoup auraient réduit les coûts.
Lui fait l’inverse : il investit. (Un peu d’audace + un peu de patience = résultats garantis !)
En reprenant le domaine, André Mentzelopoulos a lancé un plan de rénovation complet : rachat et replantation de vignes, modernisation du chai, recrutement d’oenologues renommés. Très rapidement, la qualité et la réputation sont revenues au sommet, et Château Margaux a retrouvé son statut de vin iconique.
La reconstruction prend des années.
En 1980, il recrute le jeune et talentueux œnologue Paul Pontallier, qui jouera un rôle clé dans la montée en qualité du domaine pendant plus de 30 ans.
En 1981, André Mentzelopoulos décède brutalement.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais elle ne faisait que commencer.
Excellence radicale et gestion long terme (années 1980 – 1990)
C’est sa fille, Corinne Mentzelopoulos, qui reprend le domaine.
Elle aurait pu vendre. Elle choisit de continuer. (Ah les femmes…)
Sous sa direction :
- Investissements continus
- Rigueur qualitative extrême
- Sélection parcellaire plus fine
- Innovation technique maîtrisée
Le millésime 1983 marque un tournant.
Les critiques internationaux saluent le retour spectaculaire de Château Margaux au plus haut niveau.
Le domaine redevient une référence mondiale.
La transformation ne se voit pas toujours immédiatement.
Mais quand elle est fondée sur la qualité réelle et les talents des collaborateurs, elle finit par se voir partout.
Redevenir une référence mondiale du vin de Bordeaux
Aujourd’hui, Château Margaux est :
- L’un des vins les plus recherchés au monde
- Présent dans les plus grandes ventes aux enchères
- Distribué à l’international
- Considéré comme l’un des symboles du vin de Bordeaux
Le domaine produit environ 150 000 bouteilles par an (toutes cuvées confondues).
Les grands millésimes peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros la bouteille sur le marché secondaire.
Château Margaux, c’est aussi plus d’une centaine de salariés permanents répartis sur le domaine et dans ses activités internationales. Mais la vraie réussite n’est pas (que) le prix.
C’est d’avoir restauré :
- Le prestige
- La constance qualitative
- L’aura internationale
Château Margaux n’a pas surfé sur son passé.
Il a reconstruit son futur.
Ce que l’histoire de Château Margaux peut t’inspirer
Château Margaux n’a pas fait de campagne de storytelling spectaculaire.
Il a amélioré le produit et recruté les bons collaborateurs.
Le branding durable repose sur l’excellence réelle et la synergie des compétences.
Dans un monde obsédé par les résultats rapides, cette histoire nous rappelle que :
- La réputation se construit lentement
- La crédibilité se gagne sur la constance
- Certaines réussites se construisent dans la patience, la rigueur et l’exigence.
Mentzelopoulos n’a pas cherché (seulement) à exploiter un prestige existant.
Il a décidé de le mériter à nouveau. Et ça, c’est une posture d’entrepreneur !!
Aujourd’hui et demain : la continuité d’une vision
Toujours dirigé par la famille Mentzelopoulos, Château Margaux continue d’investir :
- Nouveau chai inauguré en 2015
- Approche environnementale renforcée
- Modernisation constante tout en respectant l’identité historique
La vision reste la même : Faire le meilleur vin possible, chaque année, sans compromis.
En 2026, Château Margaux continue de se démarquer non seulement par ses vins, mais aussi par ses engagements culturels et ses nouveautés. En janvier‑février 2026, la propriété a lancé le millésime 2024 de son Pavillon Blanc Second Vin, une évolution significative dans l’offre des vins blancs du domaine, tout en s’impliquant dans des projets culturels comme le mécénat au profit du Département des Arts de Byzance et des Chrétientés en Orient au musée du Louvre, une belle illustration de la façon dont le château combine patrimoine, innovation et rayonnement culturel.
Portrait : Intéressons-nous un instant à notre ami André Mentzelopoulos : un homme qui, sans héritage dans le vin, a su réinventer l’un des plus grands noms de la viticulture
Quand on parle de renaissance de marque, on imagine souvent un expert du secteur.
Un héritier. Un technicien du métier.
Mais André Mentzelopoulos n’était ni vigneron, ni œnologue, ni issu d’une dynastie viticole.
Né en Grèce, il débute sa carrière dans le commerce international après la Seconde Guerre mondiale. Il fait fortune en Asie du Sud dans l’import-export, avant de revenir en Europe et de racheter en 1958 la célèbre enseigne française Félix Potin, qu’il développe avec succès.
Autrement dit : c’était un entrepreneur et un financier, pas un homme du vin.
En 1977, lorsqu’il rachète Château Margaux, il n’achète pas seulement un vignoble.
Il achète une marque en perte de vitesse… mais au potentiel immense.
Ce qui le distingue ? Une vision long terme
Une capacité à investir massivement sans attendre un retour immédiat
Une exigence de qualité absolue et le courage de recruter les meilleurs talents (notamment Paul Pontallier en 1980)
Il décède brutalement en 1980, seulement trois ans après le rachat.🥲
Mais en si peu de temps, il a posé les fondations de la renaissance.
En redonnant à Château Margaux son éclat légendaire, André Mentzelopoulos n’a pas seulement restauré un grand cru : il a légué à ses enfants un patrimoine d’excellence et une œuvre appelée à traverser les siècles.

Ami entrepreneur, ce message est pour toi :
Comme pour un grand cru, ce que tu construis aujourd’hui demande du temps, de l’attention et de la patience. Il faudra parfois cinq, dix ans, voire plus, avant que l’on mesure pleinement sa valeur et son éclat. Mais, tout comme un vin d’exception, chaque effort, chaque détail compte, et c’est cette constance qui transforme un projet en véritable chef-d’œuvre. Alors garde courage, et surtout si l’envie te prend d’abandonner, n’oublies pas : on es tous passé par là !
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